Comme le savent ceux qui me côtoient plus ou moins régulièrement ces temps-ci, je bosse dans un foyer pour personnes âgées pour le mois d'août. Très bien placé dans son joli petit cadre gapençais, des chambres agréables et des salons communs de toute beauté, des activités organisées tout au long de la semaine (même des sorties courses à Leclerc!!!), et une moyenne d'âge des résidents de 85 ans. Huf.
Jusqu'à présent j'ai plutôt bossé à la laverie: on reçoit le linge sale des résidents (je ne m'attarderai pas sur l'état du linge, qui est parfois assez critique), on le K2r abondamment, on le passe à la machine, on le passe à la sécheuse, on le repasse au fer et on le rend à chacun en jolis petits paquets. Ah, ce matin j'ai aussi cousu des dizaines d'étiquettes pour un nouveau locataire. Enfin bref, c'est pépère, la dame avec qui je travaille est sympa, tout baigne.
Et hier, j'ai fait de l'animation (un bien grand mot d'ailleurs...): j'encadrais une aprem de jeux de société. Comme on était juste 2 saisonnières, on a aps fait trop d'impro et on est restées sur les habitudes des résidents. J'ai joué aux dominos pendant trois heures. Bon, en soi, c'est assez marrant de penser que je suis payée à jouer aux dominos, mais en fait je trouve que le contact avec les personnes âgées est usant, moralement parlant.
La plupart sont sympas, très contentes quand on fait quelque chose avec elles, et c'est rigolo de jouer avec elles. Mais quand même, il y en a beaucoup qui sont dans un état de santé déprimant. Et je crois, c'est surtout le fait qu'ils soient tous parqués au même endroit qui est déprimant. Je veux dire, quand on emménage dans une maison de retraite, on abandonne; c'est le dernier endroit où on va être, généralement on n'est plus assez autonome (physiquement et mentalement) pour faire des projets ou construire des choses, il ne reste qu'à ressasser ses souvenirs et attendre la fin.
Ce qui me fait peur, c'est d'être confrontée à ma propre vieillesse. C'est dans longtemps, on est d'accord, mais on sait que ça finira par arriver... (sauf accident imprévu, mais quelque part ça serait quand même dommage). Mais le corps qui se dégrade, la peau qui pend et les articulations qui rouillent, ouais, je vais y passer. J'ai pas très envie =/
Il y a aussi les regrets, qui foutent les jetons. Tout ce qu'on a loupé, tout ce qui nous a manqué, tout ce qu'on se dit qu'on aurait dû faire, apparemment ça ressort très fort. Comme le disait Manon, toutes les angoisses se cristallisent jusqu'à prendre totue la place. C'est quand même triste que l'on doive finir comme ça.
Je n'irai pas jusqu'à décider de me suicider à mes 13 ans comme Paloma de "L'élégance du Hérisson" (très beau livre, par ailleurs), d'une part parce que c'est un peu tard et d'autre part parce que quand même, j'ai l'absolue certitude qu'il y a encore des milliards de choses qui valent le coup de les vivre. Et la croyance fondamentale que la vie est un don du ciel, et que je suis heureuse d'en être.
Alors quoi? Il faut du courage, pour mener sa vie de façon à ne rien devoir regretter. Du courage pour profiter du moment présent, tout en étant conscient du temps qui passe, et sublimer les instants.
Ca nous fait du boulot tout ça... Allez, on va faire la fête =)